Bilan sanguin après 40 ans : les analyses à ne pas oublier
Des résultats « normaux » ne font pas un bilan complet. Voici les analyses qui permettent d’anticiper les bouleversements de la quarantaine et de la ménopause, et la façon de les interpréter.
Le bilan sanguin après 40 ans se limite souvent à une glycémie, un cholestérol total et une numération formule sanguine. C’est utile, mais insuffisant : les paramètres qui évoluent le plus au moment de la ménopause passent à la trappe, qu’il s’agisse de la nature du cholestérol, de la sensibilité à l’insuline, des réserves en fer, du foie ou des reins. Je vous propose ici une liste claire à soumettre à votre médecin, avec, pour chaque analyse, ce que le résultat signifie.
En bref
- Le cholestérol LDL et l’apolipoprotéine B augmentent surtout dans l’année qui précède et qui suit les dernières règles : c’est le moment de les contrôler.
- La lipoprotéine(a) se dose au moins une fois dans la vie ; son taux dépend surtout de la génétique.
- Depuis 2026, la Société américaine d’hématologie considère qu’une ferritine inférieure ou égale à 30 ng/mL traduit une carence en fer chez l’adulte.
- Après 45 ans, inutile de doser la FSH pour diagnostiquer une périménopause : les symptômes suffisent.
La quarantaine, un tournant pour la santé
La vaste étude américaine SWAN a suivi plus d’un millier de femmes tout au long de leur ménopause. Ses conclusions sont nettes : le cholestérol LDL et l’apolipoprotéine B grimpent beaucoup plus vite dans l’année qui entoure les dernières règles qu’avant ou après. Cette hausse est liée à la ménopause elle-même, et pas seulement à l’âge. C’est aussi à cette période que la graisse s’installe sur le ventre, que l’organisme répond moins bien à l’insuline et qu’apparaît une inflammation discrète.
Traduction Miss Peps : un bilan parfait à 42 ans ne présage rien de votre bilan à 51 ans. Les analyses cardiaques et métaboliques sont à refaire au moment de la ménopause, même si tout allait bien quelques années plus tôt.

Les analyses à demander
Voici la liste que je vous conseille de passer en revue avec votre médecin. Certaines analyses figurent dans un bilan classique ; d’autres doivent être demandées expressément.
| Analyse | Ce qu’elle mesure | Son intérêt après 40 ans |
|---|---|---|
| Apolipoprotéine B (apo B) | Le nombre de particules qui transportent le cholestérol | Plus fiable que le seul LDL lorsque les triglycérides augmentent |
| Lipoprotéine(a) | Une particule qui favorise l’athérome, d’origine surtout génétique | À doser au moins une fois : un taux élevé modifie l’estimation du risque |
| Insuline à jeun et indice HOMA | La quantité d’insuline nécessaire pour maintenir la glycémie | Révèle une résistance à l’insuline des années avant un diabète |
| Hémoglobine glyquée (HbA1c) | La glycémie moyenne des trois derniers mois environ | Complète une glycémie à jeun souvent encore normale |
| CRP ultrasensible | L’inflammation à bas bruit | Au-delà de 3 mg/L, le risque cardiovasculaire augmente |
| Ferritine et coefficient de saturation de la transferrine | Les réserves en fer | Fatigue, chute de cheveux, règles abondantes de la périménopause |
| TSH | Le fonctionnement de la thyroïde | L’hypothyroïdie, plus fréquente chez la femme, ressemble à s’y méprendre à la périménopause |
| Transaminases (ALAT) et gamma-GT | L’état du foie | La stéatose progresse avec la graisse abdominale |
| Créatinine et cystatine C | La filtration des reins | La cystatine C dépend moins de la masse musculaire |
| Vitamine B12 | Une vitamine indispensable aux nerfs et à la fabrication du sang | Carences fréquentes sous metformine ou sous anti-acides |
Le cholestérol : le LDL ne suffit pas
Le cholestérol LDL indique la quantité de cholestérol transportée, pas le nombre de particules qui le transportent. Or chaque particule porte une seule apolipoprotéine B : la doser revient donc à les compter. Quand les triglycérides augmentent, ce qui est courant à la ménopause, les particules deviennent plus petites et plus nombreuses, et le LDL peut sous-estimer le risque. L’apo B corrige ce biais.
La lipoprotéine(a) est à part. Son taux est en grande partie déterminé par les gènes, et la Société européenne d’athérosclérose recommande de la doser au moins une fois chez tout adulte. Au-delà d’environ 105 nmol/L (50 mg/dL), le risque cardiovasculaire augmente nettement. Une analyse récente portant sur plus de 150 000 femmes de la cohorte britannique UK Biobank confirme ce lien, avant comme après la ménopause.
Le métabolisme : l’insuline donne l’alerte avant la glycémie
La glycémie à jeun reste longtemps normale parce que le pancréas compense en fabriquant davantage d’insuline. Le dosage de l’insuline à jeun, et l’indice HOMA qui la met en rapport avec la glycémie, révèlent bien plus tôt cet effort supplémentaire. Je l’explique en détail dans mon article sur l’insuline à jeun.
Le fer : des seuils enfin revus à la hausse
Pendant des années, une ferritine à 15 ng/mL passait pour acceptable. Les recommandations 2026 de la Société américaine d’hématologie fixent désormais le seuil de carence à 30 ng/mL chez l’adulte, et jusqu’à 50 ng/mL en cas de symptômes ou de règles abondantes, fréquentes en périménopause. Bien des femmes épuisées dont la ferritine est jugée « normale » manquent en réalité de fer.
Attention : la ferritine augmente aussi en cas d’inflammation ou de surcharge du foie. Un taux élevé s’interprète toujours avec la CRP et les enzymes du foie, jamais isolément.
Les examens peu utiles
- La FSH pour diagnostiquer une périménopause après 45 ans. Selon les recommandations britanniques du NICE, le diagnostic repose à cet âge sur les symptômes : les hormones varient tant d’un jour à l’autre qu’un dosage isolé peut rassurer à tort.
- L’œstradiol dosé une seule fois. Même écueil : le résultat reflète un instant, pas votre situation hormonale.
- La vitamine D dosée systématiquement. Depuis 2024, la Société américaine d’endocrinologie déconseille ce dosage de routine chez l’adulte en bonne santé de moins de 75 ans. Il reste utile en cas d’ostéoporose, de troubles de l’absorption intestinale ou de certains traitements.
Vos analyses sont « normales » mais vous ne vous reconnaissez plus ? Vous n’imaginez rien. J’explique pourquoi dans Périménopause : vos analyses sont « normales ».

Bien préparer son bilan
Dresser sa liste
Notez les analyses souhaitées, vos symptômes et vos antécédents familiaux, en particulier les problèmes cardiaques survenus avant 60 ans.
Se présenter à jeun
Le matin, après 10 à 12 heures sans manger et sans effort intense la veille, pour que l’insuline et les triglycérides soient interprétables.
Suivre l’évolution
Conservez vos résultats et refaites le bilan tous les un à deux ans, ainsi qu’au moment des dernières règles.
Un bilan utile
Des analyses choisies en fonction de votre âge et de vos symptômes, un prélèvement toujours réalisé dans les mêmes conditions, des résultats comparés d’une fois sur l’autre et commentés avec votre médecin.
Un bilan trompeur
Des valeurs uniquement comparées aux normes du laboratoire, un dosage hormonal ponctuel, des résultats jamais rapprochés de ce que vous ressentez.
Les pièges d’interprétation les plus courants
Se fier à un cholestérol total normal
Un bon cholestérol HDL élevé peut masquer un LDL ou une apo B trop hauts. Regardez le détail.
Confondre « dans les normes » et « idéal »
Les normes du laboratoire décrivent une population, pas l’état de santé idéal. Une ferritine à 18 ng/mL figure comme « normale » sur bien des comptes rendus, alors qu’elle traduit une carence selon les seuils actuels.
Négliger la tension artérielle
Elle ne se mesure pas par une prise de sang, mais elle augmente souvent après la ménopause. Des mesures à domicile, plusieurs jours de suite, sont bien plus fiables qu’une mesure isolée chez le médecin.
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Et les peptides dans tout cela ?
Un bilan complet est aussi le point de départ de toute cure. Il permet de s’assurer qu’aucune contre-indication n’apparaît et de mesurer l’effet réel d’un changement, qu’il s’agisse de l’alimentation, de l’activité physique, d’un traitement hormonal ou d’un peptide. Le MOTS-c, un peptide produit par les mitochondries, a par exemple amélioré la sensibilité à l’insuline chez la souris, mais les données chez l’humain font encore défaut. Sans bilan avant et après, impossible de savoir si une démarche vous réussit.
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Questions fréquentes
Quelles analyses demander dans un bilan sanguin après 40 ans ?
En plus du bilan habituel : apolipoprotéine B, lipoprotéine(a) une fois dans la vie, insuline à jeun, hémoglobine glyquée, CRP ultrasensible, ferritine, TSH, enzymes du foie, créatinine et cystatine C, vitamine B12. Votre médecin adaptera la liste à vos antécédents.
Faut-il un dosage hormonal pour savoir si l’on est en périménopause ?
Après 45 ans, non : le diagnostic repose sur les symptômes et l’évolution des cycles. Les hormones varient trop d’un jour à l’autre pour qu’un dosage isolé soit fiable. Entre 40 et 45 ans, un dosage de FSH peut se discuter.
À partir de quel taux la ferritine est-elle trop basse ?
Selon les recommandations 2026 de la Société américaine d’hématologie, une ferritine inférieure ou égale à 30 ng/mL traduit une carence chez l’adulte, et le seuil monte à 50 ng/mL en cas de symptômes ou de règles abondantes.
Tous les combien faut-il refaire un bilan sanguin ?
Tous les un à deux ans en l’absence d’anomalie, ainsi qu’au moment de la ménopause, période où le cholestérol et l’apo B évoluent le plus vite. La lipoprotéine(a), elle, n’a besoin d’être dosée qu’une fois.
Ces analyses sont-elles remboursées ?
Les analyses prescrites par un médecin sont en général prises en charge. Certaines, comme l’apo B, la lipoprotéine(a) ou l’insuline à jeun, peuvent n’être que partiellement remboursées, voire rester à votre charge selon l’indication : renseignez-vous auprès de votre laboratoire.
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Sources
- Matthews KA et al. Are changes in cardiovascular disease risk factors in midlife women due to chronological aging or to the menopausal transition? J Am Coll Cardiol, 2009.
- Kronenberg F et al. Lipoprotein(a) in atherosclerotic cardiovascular disease and aortic stenosis: a European Atherosclerosis Society consensus statement. Eur Heart J, 2022.
- Reyes MP et al. Association of lipoprotein(a) with ASCVD risk in women by menopausal status: the UK Biobank. 2026.
- Powers JM et al. American Society of Hematology 2026 guidelines for the diagnosis of iron deficiency. Blood Advances, 2026.
- NICE. Menopause: identification and management (NG23).
- Demay MB et al. Vitamin D for the prevention of disease: an Endocrine Society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2024.
- Lee C et al. The mitochondrial-derived peptide MOTS-c promotes metabolic homeostasis and reduces obesity and insulin resistance. Cell Metab, 2015.
