Mazdutide : ce que l’on sait vraiment de ce double agoniste GLP-1/glucagon
Autorisé en Chine depuis juin 2025, le mazdutide fait jeu égal avec les meilleurs traitements de l’obésité dans les essais. Son atout : il agit aussi sur le récepteur du glucagon, avec un effet marqué sur la graisse du foie. Voici les chiffres, sans enjoliver.
En bref
- Le mazdutide active deux récepteurs : celui du GLP-1 (appétit, glycémie) et celui du glucagon (dépense énergétique, combustion des graisses du foie).
- Essai GLORY-1 (NEJM, 2025) : −14,8 % de poids en 48 semaines à 6 mg, contre −0,5 % sous placebo.
- Essai GLORY-2 (JAMA, 2026) : −16,7 % en 60 semaines à 9 mg chez des personnes en obésité modérée à sévère.
- Graisse du foie : jusqu’à −80 % chez les personnes les plus atteintes.
- Autorisé en Chine uniquement. Ni l’Agence européenne du médicament ni la FDA ne l’ont validé à ce jour.
Le mazdutide fait partie de ces molécules dont on entend parler bien avant de pouvoir se les faire prescrire. Découvert par Eli Lilly, développé en Chine par Innovent Biologics, il appartient à la nouvelle génération de traitements de l’obésité qui ne se contentent plus du seul GLP-1. Après 40 ans, quand la graisse migre vers le ventre et le foie, ce double mécanisme mérite qu’on s’y arrête.
Le mazdutide, comment ça marche ?
Le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) n’active qu’un récepteur : celui du GLP-1. Le tirzépatide (Mounjaro) en active deux : GLP-1 et GIP. Le mazdutide, lui, associe le GLP-1 au glucagon. Il s’inspire de l’oxyntomoduline, une hormone intestinale qui agit naturellement sur ces deux récepteurs.
Volet GLP-1
Ralentit la vidange de l’estomac, coupe l’appétit, stimule l’insuline quand la glycémie monte. C’est l’effet « on mange moins », bien connu.
Volet glucagon
Pousse le foie à brûler ses graisses et augmente un peu la dépense énergétique. C’est l’effet « on dépense plus », surtout visible sur la stéatose hépatique.
Le glucagon a mauvaise réputation parce qu’il fait monter la glycémie. Dans une molécule double, l’action du GLP-1 compense cet effet, et les essais ne montrent pas de dégradation de l’équilibre glycémique, au contraire.
Traduction Miss Peps : le GLP-1 agit sur ce qui entre, le glucagon sur ce qui brûle. Le mazdutide réunit les deux, et c’est le foie qui en profite le plus.

Les résultats des essais cliniques
Deux grands essais de phase 3 ont été publiés, tous deux menés chez des adultes chinois.
GLORY-1 : 610 personnes, 48 semaines
Publié dans le New England Journal of Medicine en 2025, GLORY-1 a comparé le mazdutide à 4 mg et 6 mg par semaine à un placebo, chez des adultes en surpoids avec au moins une complication, ou en obésité. Poids de départ moyen : 87 kg.
| Critère à 48 semaines | 4 mg | 6 mg | Placebo |
|---|---|---|---|
| Perte de poids moyenne | −12,1 % | −14,8 % | −0,5 % |
| Au moins 10 % perdus | 55 % | 68 % | 3 % |
| Au moins 15 % perdus | 37 % | 51 % | 2 % |
| Tour de taille | −9,5 cm | −11 cm | −1,5 cm |
GLORY-2 : la dose de 9 mg
Publié dans JAMA en juin 2026, GLORY-2 a testé 9 mg par semaine pendant 60 semaines chez des personnes en obésité modérée à sévère. Résultat : −16,7 % de poids en moyenne, contre −1,5 % sous placebo. Chez les participants diabétiques de type 2, la perte atteint −10,7 % : le diabète freine presque toujours un peu la perte de poids.
À garder en tête : ces essais portent sur des populations asiatiques, dont l’IMC moyen est plus bas qu’en Europe. On ne peut donc pas comparer directement ces pourcentages à ceux des essais SURMOUNT (tirzépatide) ou STEP (sémaglutide), menés surtout en Occident. Aucun essai face à face publié ne permet de dire lequel est le plus puissant.
Mazdutide, sémaglutide, tirzépatide : où se situe-t-il ?
| Sémaglutide | Tirzépatide | Mazdutide | |
|---|---|---|---|
| Récepteurs | GLP-1 | GLP-1 + GIP | GLP-1 + glucagon |
| Rythme | 1 injection/semaine | 1 injection/semaine | 1 injection/semaine |
| Point fort | Recul le plus long, bénéfice cardiovasculaire prouvé | Perte de poids la mieux documentée en Occident | Graisse du foie, dépense énergétique |
| Autorisation | Europe, États-Unis | Europe, États-Unis | Chine uniquement |
Le mazdutide n’est pas seul dans sa famille : le survodutide de Boehringer Ingelheim repose sur le même double mécanisme GLP-1/glucagon et cible lui aussi la stéatose hépatique. Le rétatrutide de Lilly va plus loin en ajoutant le GIP, soit trois récepteurs.

Pourquoi ce mécanisme intéresse les femmes après 40 ans
À la périménopause, la baisse de l’œstradiol déplace la graisse des hanches vers le ventre et vers le foie. La stéatose hépatique progresse nettement après la ménopause, souvent sans aucun symptôme et avec une glycémie encore « normale » sur les bilans.
- Tour de taille qui augmente alors que le poids bouge peu.
- Triglycérides en hausse, HDL en baisse.
- ALAT ou GGT en limite haute sur la prise de sang.
- Fatigue après les repas et envies de sucre.
- Insuline à jeun au-dessus de 8 à 10 µUI/mL.
Une molécule qui fait fondre la graisse hépatique de 60 à 80 % s’attaque donc directement au problème de fond. Reste un point de vigilance commun à toute cette classe : la perte musculaire. Une partie du poids perdu sous agoniste du GLP-1 est de la masse maigre, et après 45 ans, chaque kilo de muscle compte pour les os, la glycémie et l’autonomie à venir.
Le piège : perdre 15 % de son poids en mangeant trop peu de protéines et sans musculation, c’est risquer de finir plus légère mais plus fragile. Visez au moins 1,2 g de protéines par kilo de poids et deux séances de renforcement par semaine.
Effets secondaires et précautions
Le profil ressemble à celui des autres agonistes du GLP-1 :
- Troubles digestifs : nausées, diarrhées, vomissements, surtout pendant la montée de dose. Le plus souvent légers à modérés.
- Fréquence cardiaque : +2 à 3 battements par minute en moyenne, un effet attendu du volet glucagon.
- Contre-indications de la classe : antécédent de pancréatite, cancer médullaire de la thyroïde ou néoplasie endocrinienne multiple de type 2 (personnelle ou familiale), grossesse et allaitement.
Le recul reste court : quelques années d’essais, et aucune étude publiée sur les événements cardiovasculaires. C’est aujourd’hui la vraie limite du mazdutide.
Les protocoles qui circulent
Dans les essais, la dose commence bas et monte par paliers de 4 semaines pour laisser le système digestif s’adapter. Ce tableau résume ce qui a été étudié ; ce n’est pas une recommandation.
| Phase | Dose hebdomadaire | Durée |
|---|---|---|
| Démarrage | 2 mg | 4 semaines |
| Palier intermédiaire | 4 mg | 4 semaines, ou dose d’entretien |
| Entretien GLORY-1 | 6 mg | jusqu’à 48 semaines |
| Entretien GLORY-2 | 9 mg (paliers de 3 mg toutes les 4 semaines) | jusqu’à 60 semaines |
Faire le point biologique
Insuline à jeun, HbA1c, bilan lipidique, ALAT, GGT et TSH : c’est la base pour savoir d’où vous partez.
Mesurer le tour de taille
Au niveau du nombril, le matin à jeun. Il réagit souvent avant la balance.
Protéger le muscle d’abord
Protéines à chaque repas et renforcement régulier, avant même de penser à une molécule.
En parler à votre médecin
Surtout si vous prenez un traitement hormonal, un antidiabétique ou un anticoagulant.
Attention aux unités
Le mazdutide se dose en milligrammes (mg), pas en microgrammes (mcg). Une erreur d’un facteur mille est vite arrivée quand on passe d’un peptide à l’autre.
Monter la dose trop vite
C’est la meilleure façon de cumuler nausées et abandon. Les paliers de 4 semaines ne sont pas là par hasard.
Arrêter sans plan
Comme avec tous les GLP-1, le poids revient si rien n’a changé au quotidien. L’arrêt se prépare.
Le mazdutide n’est pas disponible en Europe : la molécule la plus proche
Le survodutide repose sur le même double mécanisme GLP-1/glucagon et a été étudié en particulier sur la stéatose hépatique. Disponible chez ma boutique partenaire Peptides France, avec −10 % grâce au code MISSPEPS.
Questions fréquentes
Le mazdutide est-il disponible en France ?
Non. Il est autorisé en Chine depuis juin 2025 pour la gestion du poids, mais il n’a reçu aucune autorisation en Europe ni aux États-Unis à ce jour.
Le mazdutide fait-il perdre plus de poids que le Mounjaro ?
On ne peut pas le dire. Aucun essai ne les compare directement et les populations étudiées sont différentes. Les deux se situent dans la même zone d’efficacité, autour de 15 % de perte de poids.
Quelle différence entre mazdutide et survodutide ?
Même principe (GLP-1 + glucagon), deux laboratoires différents : Lilly et Innovent pour le mazdutide, Boehringer Ingelheim pour le survodutide. Leur équilibre d’action entre les deux récepteurs diffère légèrement.
Le mazdutide aide-t-il en cas de foie gras ?
C’est son point fort : dans GLORY-1, la graisse hépatique a baissé de 63 à 80 % selon la dose et le niveau de départ.
Peut-on le combiner avec un traitement hormonal de la ménopause ?
Aucune étude n’a évalué cette combinaison. Il n’existe pas d’interaction connue, mais la décision se prend avec votre médecin, qui suivra aussi votre glycémie et votre tension.
Perte de poids, hormones, combinaisons : devenez autonome
Choisir une molécule, la reconstituer, calculer sa dose, construire une cure et savoir quand s’arrêter : tout ce qu’un article ne peut pas vous apprendre en détail.
Pour aller plus loin
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Sources
- Ji L, Jiang H et coll. Once-Weekly Mazdutide in Chinese Adults with Obesity or Overweight (GLORY-1). N Engl J Med, 2025;392:2215-2225.
- Gao L et coll. Mazdutide 9 mg dans l’obésité modérée à sévère (GLORY-2). JAMA, juin 2026 (synthèse Drug Topics).
- BioWorld. China clears mazdutide as first dual GCG/GLP-1RA for weight loss, juin 2025.
- le Roux CW et coll. Survodutide, double agoniste glucagon/GLP-1, dans l’obésité : essai de phase 2. Lancet Diabetes Endocrinol, 2024;12(3):162-173.
- Greendale GA et coll. Changes in body composition and weight during the menopause transition. JCI Insight, 2019;4(5):e124865.
